Ersatz, une expérience fascinante.

Une poignée de cutters, du carton, du fil de laine  : il n'en faut pas plus à Julien Mellano pour crée une atmosphère, à la fois fascinante et inquiétante, dans laquelle il plonge le public le temps de son spectacle, Ersatz. Seul sur la scène, assis face au public dans un décor composé de dalles lumineuses qui s'allument et s'éteignent créant par moment un effet stroboscopique, le comédien et metteur en scène ouvre des boîtes, plie du carton, se compose des lunettes virtuelles de bric et de broc, branche un cerveau tricoté en laine à un ordinateur de papier mâché, se coiffe d'un casque le mettant en relation avec un monde qui nous échappe... Pas une parole mais des bruitages accentuant les sons du papier qui se déchire, de la mastication des éléments que l'acteur ingurgite... Une expérience sensorielle, en même temps qu'une réflexion sur nos mondes hyperconnectés, proposée par l'artiste du collectif AÏE AÏE AÏE, qui s'est donné pour ambition de tâter à toutes les formes de création scénique.
Sylvie Kerviel, 6 avril 2018, lemonde.fr



Ersatz, un régal d'inventivité et d'absurde
autour d'un thème d'actualité  : le transhumanisme.


À partir de quand, l'homme a-t-il décidé (mais l'a-t-il seulement décidé) de se transformer, petit à petit  ? Depuis qu'il a su manipuler et fabriquer des outils  ? Depuis qu'il a pu agir sur sa santé et son espérance de vie  ? Portes des lunettes, des appareils auditifs ou autres prothèses plus ou moins bioniques, fait-il déjà de nous des transhumanistes  ? Ou plus près de nous, est-ce l'apparition des téléphones portables, d'internet, des ordinateurs, du numérique, qui nous fait muter, peu à peu en humain 2.0  ? Dans une société ultra connectée, ne sommes-nous pas justement en train de perdre le contact les uns avec les autres  ? Autant de question sous-jacentes que Julien Mellano décline dans son nouveau spectacle, Ersatz où il incarne un personnage dont on ignore (et ignorera jusqu'au bout) s'i est un être humain avec une réalité augmenté, ou un robot reproduisant de manière crédible l'apparence d'un homme. Un peu comme l'androïde Bishop dans la saga Alien ou les robots de Westworld. Devant et derrière lui, un décor composé d'écrans lumineux et cliniques. Dans sa bouche, un micro qui décuple chaque son qu'il produit (de ses clignements d'yeux à sa déglutition), produisant un effet aussi inquiétant que drôlatique, comme le faisait Tati. Peu à peu, l'homme-robot va se saisir d'objets qui représentent des ersatz de ce que nous utilisons au quotidien  : ordinateur portable en carton, cerveau tricoté... dont il va tirer la substantifique moelle pour tenter de s'humaniser à son tour.
Avec en toile de fond la référence de 2001 l'Odyssée de l'espace, Ersatz ne peut pas laisser indifférent. Il peut toutefois déranger par l'absence d'émotion montrée par le personnage incarné avec la froideur désabusée de Julien Mellano, à la méticulosité impressionnante (il faut voir ce qu'il fait de chaque accessoire au double sens trompeur). Mais il émeut aussi, quand il nous montre que peu à peu, nous nous transformons à notre tour en cette sorte de nous-même en mieux. Ou en pire. Le progrès est-il l'ennemi du bien  ? Peut-être. Ou peut-être pas. Ce qui n'empêche pas de sourire tout de même. Et de profiter d'une heure de spectacle onirique et esthétique qui décuple les sens...
Julien Wagner, 2 avril 2018, filledepaname.com



Si je vous dis  : «  réalité virtuelle  » «  références à la culture Pop  » et «  Science fiction  », vous me répondez  ?.... Que vous faites déjà la queue devant le Théâtre Mouffetard à Paris pour voir Ersatz la dernière création du collectif AÏE AÏE AÏE. Et vous aurez raison car c'est exactement ce que vous aller voir. Seul en scène Julien Mellano invite le spectateur à réfléchir à l'avenir de l'Humanité tout en s'amusant, subtilement, avec les codes de la «  culture geek  ». J'insiste sur le terme "Invitation" car de l'aveu même de l'auteur le discours du spectacle sur les notions de Transhumanisme et d'Intelligence Artificielle n'a cessé d'évoluer durant l'écriture. Au final le ton est plus proche de Brazil de Terry Guilliam que de celui d'un épisode de Black Mirror. De sorte, il ne s'agit en aucun moment d'inculquer une Vérité au spectateur. Pour éviter tous spoils, je me contenterai de dire que la mise en scène est à la hauteur des précédentes créations du collectif. Il continue de développer son approche cinématographique du théâtre d'objets à travers des expérimentations visuelles et sonores toujours plus surprenantes. Résultat, on ne peut qu'en redemander. En résumé  : foncez voir Ersatz.
Mathieu Talbot, 31 mars 2018, thedailypuppet.com
 

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